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2010/06/09

Le football, la mort, et autres dragédies

Passage aux aveux sur une fuite en avant entre toile et papier, agora et introspection, actualité et fiction (extraits).

Jusqu’à présent, la rencontre avec le lecteur avait le mérite de la simplicité : d’un côté l’internaute perdu dans mes misérables blogules, et de l’autre le rare lecteur "papier" réagissant à ma misérable proto-littérature. A l’occasion, le premier laisse un petit commentaire et parfois un message plus personnel (ex un remerciement ou une menace de mort), le second une critique et parfois un encouragement (ex à pousser plus loin dans l’écriture ou à changer de vocation). Personne ne soupçonne l’existence de l’autre.

Ces derniers mois et suite à la publication de deux oeuvres de fiction, les deux univers se téléscopent sur la toile au point de susciter ce type d’interrogations : ai-je bien affaire à la même personne ? comment peut-on à ce point alterner le sérieux et l’inepte ? le ciselé et l’informe ? le foot et les lettres ? le réel et l’absurde ? la douceur et la dureté ? le lourdingue et la légèreté ? la satire politique et la fiction onirique ? Et puis d’abord, dans quelle catégorie faut-il vous caser ?

On finira bien par me mettra un jour dans une boîte mais de grâce, le plus tard possible. En attendant et en réponse aux pauvres hères qui ont eu un jour le malheur de se perdre dans ma pitoyable prose, un passage aux aveux s’impose sur cette fuite en avant entre toile et papier, agora et introspection, actualité et fiction.


Mais où commence la fiction, au juste ?

Un président fait l’objet d’une procédure d’impeachment parce qu’il a menti au sujet d’un flirt avec une stagiaire, un autre triomphe aux élections parce qu’il a délibérément menti au sujet d’une guerre qui fera des centaines de milliers de victimes, un troisième délivre ses discours sur des échasses avec des figurants plus petits que lui en arrière-plan... la réalité est parfois trop énorme pour faire une fiction crédible.

D’un autre côté, tout programme électoral est une fiction, tout animal politique un acteur, et l’ensemble nous invite naturellement à la caricature ou à la parodie... mais quelque part, ce pitoyable spectacle nous rassure, nous aide à accepter l’absurde de notre propre existence.

Sur la toile, je prends beaucoup de plaisir à m’indigner de telle imposture ou à tourner telle faiblesse en dérision, mais sans être dupe : chaque "blogule" me renvoie vers ma propre faiblesse, ma propre imposture, et sur le chemin de ma propre fiction... où j’évite d’ailleurs soigneusement la politique. Mon imaginaire n’est pas plus crédible, mais au moins j’essaye de respecter a minima la réalité, à commencer par la mort.

La réalité, c’est que nous avons besoin de fiction pour mieux affronter la réalité, et parfois pour mieux la comprendre. La fiction est un jeu de miroirs.

Alors : auteur, écrivain ou "journaliste citoyen" ?

Auteur. A l’occasion "citoyen". "Chroniqueur" de pacotille pourquoi pas, mais "journaliste" non. Le journaliste relate les faits en respectant (en théorie tout du moins) des codes déontologiques et en exposant clairement l’origine de chaque opinion à commencer par la sienne, mais l’objectivité demeure une utopie : tout point de vue est par définition subjectif, toute caméra nécessairement subjective. Bon ou mauvais, l’auteur, lui, se caractérise dès le départ par sa façon de voir le monde et de l’exprimer, et il assume ouvertement sa subjectivité, en toute liberté.

"Ecrivain" ? Si l’écriture demeure mon medium de prédilection, je ne suis réellement écrivain qu’au moment où j’utilise le crayon à d’autres fins que le mâchonnage (que j’ai du reste abandonné pour épargner ce qui me reste de dents... ou éviter les marques disgrâcieuses sur le clavier). Si j’étais Québecois je dirais alors "je tombe en écriture", ou si j’étais Ségo "j’atteins l’écritude"... mais c’est beaucoup moins lyrique et beaucoup plus basique que ça : j’ai besoin d’écrire comme j’ai besoin de manger ou respirer. Quelque part, pour ces trois activités, il s’agit globalement de nourrir un organisme et d’évacuer un trop plein.

Car ça doit sortir d’une façon ou d’une autre. J’essaye de réserver la "proto-littérature" au papier et à mes misérables "dragédies", et de cantonner le "junk writing" à la toile et à mes misérables "blogules". Je suis loin d’être fier de tout ce qui sort, mais j’assume le pire comme le moins mauvais.

L’objectif n’est pas de produire quelque chose de beau mais de littéralement exprimer, faire sortir par pression quelque chose de mon système... ce qui explique la qualité trop souvent douteuse de l’écriture, et l’alternance de textes plus ou moins sérieux en fonction de l’humeur. Et si le volume produit ou le contenu font parfois peur c’est parce qu’à la source, j’ai tendance à trop gaver et stimuler l’animal. Pour entretenir l’illusion qu’il est en vie, sans doute...


Formats courts sur la toile comme sur le papier : l’auteur ne tiendrait-il pas la route ?

J’accepte d’autant plus volontiers la critique que je ne cherche ni à suivre ni à construire une route, ce qui n’exclut ni les thèmes récurrents ni les fils conducteurs. Par ailleurs, je ne cherche pas spécialement à faire court ou long : je finis une oeuvre quand je n’ai plus rien à ajouter, enlever ou modifier, et il se trouve que mes "dragédies" dépassent rarement une quinzaine de pages.

Je n’aime pas trop utiliser le terme français de ‘nouvelle’, qui renvoie comme ‘roman’ à un passé révolu, ni le terme anglais de ‘short story’, qui se focalise sur la dimension narrative et surtout réduit une oeuvre à un format. Comme si, pour parler d’un peintre, on disait "j’aime bien ses demi-raisins / ses 32,5 x 50 cm" !

Le terme renvoie aux dragées, ces friandises que l’on offre généralement pour exorciser un heureux événement (un mariage, une naissance)... sauf qu’une dragédie fait plus directement office de faire-part de mortalité, en alternant le ludique et l’oppressant, le léger et l’indigeste. Il n’y a pas de personnage récurrent si ce n’est, à l’occasion, la ville (Paris et ce Séoul où j’aime tant me perdre et me retrouver)... et bien sûr la mort. Mais ces dragédies célèbrent également la vie : avant de s’éteindre, l’humanité laisse des traces, et ce sont ces traces que j’essaye d’exprimer. Pas pour en laisser une de plus mais pour m’en libérer, éviter de devenir complètement dingue.

Pour "La Ligue des Oubliés", le format court était voulu dès le départ : j’ai conçu cette "autre histoire du football" comme une mini-chronique récurrente, résolument absurde, en hommage à des joueurs ou événements jusqu’alors oubliés pour la bonne raison qu’ils n’ont jamais eu la chance d’exister. Si la nostalgie pointe parfois, c’est en raison de mon affection pour le jeu, ses acteurs, et leurs petites faiblesses. Au fond, c’est peut-être une très maladroite déclaration d’amour à un jeu à l’image de la vie.

Pour en savoir plus
"dragédies – la mer amarrée et autres dragédies"
CreateSpace 2009 - ISBN 978-1449510916
www.dragedies.com
"La Ligue des Oubliés – l’autre histoire du football"
Lulu 2009 - ISBN 978-1-4092-7158-1
http://laliguedesoublies.blogspot.com

Voir aussi
AgoraVox

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